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Psyché & Société... Au coeur du chaos nos processus d'individuation

Notre ère post-moderne est une ère d'incertitudes et de chaos promulguée par une surinformation et une désinformation constante. Asma Mhalla, Boris Cyrulnik et bien d'autres encore nous alertent sur ce sujet car derrière ce chaos orchestré se cachent des logiques économiques, technologiques et politiques qui aujourd'hui – de part leur puissance, leur rapidité et leur intensité – convergent comme jamais et bousculent nos processus d'individuation.

©Yann Etienne

Entre sécurité et liberté

Cette stratégie du chaos provoque anxiété individuelle, générationnelle, collective. Nous naviguons entre crises d'angoisse, éco-anxiété, crainte que l'histoire avec un H majuscule se répète. Nous naviguons, ici en Europe, entre le retour à ce qui est connu (que nous imaginons confortable même si ça ne l'était pas) et un mouvement vers autre chose (une transformation), entre un besoin de sécurité et une envie de liberté, entre la facilité des certitudes et le plaisir du doute. Nous pouvons parfois être tentés et séduits par le discours réconfortant, ô combien totalitaire, des certitudes ; nous pouvons aussi vouloir tout envoyer valser et reprendre le pouvoir... avec des passages à l'acte parfois violents (passages à l'acte qui ne manquent pas de faire l'actualité). Nous naviguons entre conformisme et subversion.

Un imparfait processus d'individuation

Entre ces deux pôles, ce qui se répète sans cesse, c'est la façon dont nous avons construit et assumé ou non notre individualité. Entre ces deux pôles, ce qui se rejoue sans cesse, c'est ce que nous nommons en psychanalyse le processus d'individuation propre à chacun, un processus d'individuation qui se fait rarement sans accroc. On rêverait de parents idéaux, parfaitement sécurisants. On rêverait d'environnements stables dès le départ. La réalité des chiffres ou les ressentis individuels sont totalement autres. Nous nous construisons parfois sur des traumatismes, souvent sur des manques mais aussi sur des trop-pleins que l'on pourrait penser sécurisants mais qui ne le sont pas. Pour désirer, il faut toujours connaître le manque... juste assez... au bon moment... en accord avec nos capacités du moment, avec les capacités de l'enfant que nous étions et qui grandissait à son rythme. C'est ce parfait équilibre / cet équilibre dynamique qui, même dans les situations les plus sécures, n'est jamais pleinement atteint.

Retrouver le plaisir du doute

Dans le contexte actuel qui vient réactiver et bousculer nos processus d'individuation, notre créativité, quelle que soit la façon dont elle s'exprime, est primordiale. Elle nous aide à sortir du clivage dans lequel nous sommes entraînés par ces flux économico-technologico-politico-médiatiques (le blanc / le noir, le mal / le bien, soi / l'autre, le semblable / l'étranger, notre famille ou nos groupes d'appartenance / le reste). C'est notre créativité qui nous aide à retrouver le plaisir des imperfections, de la nuance, du débat, du doute. Douter, c'est déjà être en lien avec les autres. C'est leur faire... et nous faire... une place. Certes imparfaite, mais essentielle à la vie en société.

19/02/2026 / Article par Gwenaelle Lepeltier Psychanalyste / Images par Yann Etienne Photographe