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Psyché & Société... Que cache notre besoin d'avoir une écriture ou un dessin lisible ?

Force est de constater qu'aujourd'hui la dimension multi-support et multi-canal est la règle en matière de communication. Les films sont déclinés en séries, en bandes dessinées, en vidéos, reels et autres stories ou en podcasts, tout comme les émissions télé ou radio ou les articles de presse. Nous ne savons plus très bien où est l'original, où est la copie... si tant est que cette idée soit toujours d'actualité dans un univers où le référencement est souvent l'objectif principal.

Les messages des journalistes, professionnels du marketing, conférenciers ou influenceurs sont déclinés en différents formats afin de toucher le plus de monde possible, de façon la plus précise possible, c'est le ciblage. Un ciblage qui, dans le monde du contenu, passe par divers réseaux dits sociaux qui ont perdu leur intention première et qui rend les fiches de poste et les offres d'emploi en la matière en quête de perles rares supposées exister qui sauraient tout sur tout, qui connaîtraient toutes les plateformes et tous les logiciels... même ceux dont les promesses n'ont pas encore été vérifiées.

©Yann Etienne

Un but, des lecteurs, auditeurs ou spectateurs

Tout professionnel de la communication commence par identifier pour quel type de personnes il écrit. C'est ce qui lui permet d'affiner son message, de choisir son support privilégié. Bien souvent, il se voit aujourd'hui obligé de décliner son message, comme nous l'avons vu, sur différents canaux qui ressemblent parfois davantage à un télé-shopping géant qu'au kiosque d'infos online indépendantes, sérieuses et vérifiées promis aux organes de presse à l'origine d'Internet.

Or communiquer pour vendre, ou comme aujourd'hui pour attirer notre attention (car c'est l'enjeu principal), n'est pas communiquer pour informer. Les traducteurs et traductrices le savent bien, eux qui se catégorisent eux-mêmes non sans humour en ciblistes, attachés à leurs audiences ou lectorats, ou en sourciers, fidèles aux textes ou aux paroles d'origine. Derrière cette catégorisation se cachent, en psychologie ou en psychanalyse, beaucoup de choses notamment le besoin d'être lu ou compris.

Quand on interroge les professionnels de la communication, qu'elle soit parlée, écrite ou dessinée, bien souvent ils ou elles nous parlent du but précis pour lequel ils ou elles écrivent ou dessinent mais aussi des personnes pour lesquelles ils ou elles font tout cela, de leur volonté que leurs textes soient lus ou entendus, que leurs dessins soient vus, que le tout soit lisible et compréhensible. Car, même un dessin peut-être lisible. Un illustrateur par exemple s'attachera à ce que ses illustrations soient lisibles ; il l'apprendra d'ailleurs en formation.

Et une possible dissonance à colmater

Que se cache-t-il derrière cette volonté d'être lu, vu, compris à travers des textes et des images ? Un besoin que partagent les professionnels de l'écrit ou du dessin, ou encore plus largement du contenu devenu content, mais que nous percevons parfois quand nous écrivons ou dessinons à titre individuel dans notre quotidien.

Derrière ce besoin, cette volonté, cette intention parfois obsédante apparaît ce que les psychanalystes Maria Carmen Gear et Ernesto César Liendo appellent la congruence dans la communication. Une besoin de congruence, une envie que les choses soient parfaitement accordées qui nous fait penser, en psychanalyse, à la première communication, celle entre la mère et son enfant, mais aussi à celle entre le père et son enfant... et à celle entre les parents de l'enfant. Un besoin de congruence qui nous interroge également sur un manque possible de congruence, une dissonance donc, dans l'enfance, entre les messages reçus / émis par le Moi / le Surmoi de la mère ou du père, de la structure familiale, voire de la structure sociale élargie.

Un besoin de congruence qui n'est pas sans rappeler les éléments alpha & bêta, la barrière de contact et la capacité de rêverie de Wilfred Bion. Une écriture ou un dessin dans le métier dont la fonction pourrait justement être celle de la barrière de contact. Une écriture ou un dessin qui participerait donc à en colmater les fissures pour mieux tenir débout, seul, dans notre vie d'adulte.

19/03/2026 / Article par Gwenaelle Lepeltier Psychanalyste / Images par Yann Etienne Photographe